J’ai été témoin à Barcelone...
Peces Històriques Triades Per Josep Maria CasasúsOn a déjà beaucoup écrit au sujet des troubles de Mai á Barcelone, et un tableau synoptique des principaux événements a été minutieusement dressé per Fenner Brockway dans le pamphlet La vérité sur les journées de Barcelone; tableau qui, autant que j’en puis juger, est absolument exact. Je pense donc que je peux faire de plus utile es d’y ajouter simplement, en ma qualité de témoin oculaire, quelques notes marginales concernant plusieurs points particulièrement discutés. […] La presse communiste a affirmé que toute l’affaire avait été une tentative soigneusement préparée pour renverser le gouvernement, et même pour remettre la Catalogne aux mains des fascistes, en provoquant l’intervention étrangère à Barcelone. Cette dernière insinuation est trop ridicule pour nécessiter une réfutation. S’il était vrai que le POUM et l’aile gauche des anarchistes se fussent faits les alliés des fascistes, comment expliquer que les miliciens en première ligne n’aient pas déserté et laissé une brèche dans la ligne de front? […] Les travailleurs descendirent dans la rue per un mouvement spontané de défense, et il n’y avait que deux choses qu’ils étaient pleinement conscients de vouloir: la restitution du Central téléphonique et le désarmement des gardes civils qu’ils haïssaient. Il faut tenir compte aussi du ressentiment causé par la misère grandissante à Barcelone et le train de vie luxueux de la bourgeoisie. Or, il est probable que la possibilité existait de renverser le gouvernement s’il se fût trouvé un chef pour en tirer parti. Il semble pleinement admis que le troisième jour les ouvriers étaient en mesure de prendre le pouvoir dans la ville; on ne peut nier que les gardes civils étaient profondément démoralisés et se rendaient en grand nombre. Le gouvernement de Valence pouvait, certes, envoyer des troupes fraîches pour écraser les travailleurs (il envoya 6.000 gardes d’assaut alors que la lutte était finie); il ne pouvait maintenir ces troupes dans Barcelone si les employés des transports [membres de la CNT] décidaient de ne pas les ravitailler. […] Quand le POUM, l’opposition de gauche (les prétendus trotskistes), héritier du communisme espagnol, fut supprimé les 16 et 17 Juin, le fait en lui-même ne surprit personne. Depuis Mai déjà, et même depuis février, il était évident que le POUM serait “liquidé” si les communistes arrivaient à leurs fins. […]